Qui était l'Abbé Grégoire ? Henri Grégoire (1750-1831) est un prêtre et homme politique français, figure majeure de la Révolution. Pionnier de l'abolition de l'esclavage et artisan de l'accession à la nationalité française pour les Juifs, il est également l'inventeur du mot "vandalisme" et le promoteur de l'unification de la langue française. Fidèle à ses convictions républicaines, il est l'un des rares à avoir osé défier Napoléon Bonaparte.
Un curé lorrain à l'assaut de l'Ancien Régime
L'abbé Grégoire / Par Pierre Joseph Célestin François — [1], Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3841243
Henri Grégoire naît en 1750 à Vého, près de Lunéville. Curé d'Emberménil à l'âge de 30 ans, il se fait remarquer dès les débuts de la Révolution Française. Alors qu'aux Etats Généraux de 1789, les députés sont élus par le Tiers Etat (ceux qui ne sont ni nobles ni prêtres), le noblesse et le clergé, donc 3 ordres séparés, l'Abbé Grégoire, élue député du clergé est l'un des premiers à rejoindre le Tiers-État. Il est de ceux qui votent la constitution d'une Assemblée Nationale. Il vote aussi la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789). Il prête serment à la Constitution civile du clergé et devient évêque constitutionnel de Blois. Fervent républicain, il vote l'instauration de la République en 1792 et aussi la mort de Louis XVI en 1793. Malgré les tourments de la Terreur, il refusera toujours d'abdiquer son sacerdoce, portant fièrement sa robe de prêtre au milieu des révolutionnaires. Alors que la guillotine tranche les têtes de bien des confrères, Henri Grégoire ne lâche rien, il est prêtre et il le restera.
L'unificateur de la langue française
Il ltravaille beaucoup dans ces différents mandats de députés. Pour Henri Grégoire, la langue est un outil politique de premier plan pour l'éducation du peuple. En 1794, il présente son célèbre "Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française". Selon lui, la multiplicité des parlers régionaux empêche la diffusion des idées républicaines et maintient les citoyens dans l'ignorance des lois. Il prône l'usage universel du français comme un levier d'émancipation, afin que chaque habitant du territoire puisse comprendre et exercer ses droits.
L'abbé Grégoire / Par Auteur inconnu — Cette image provient de la bibliothèque en ligne Gallica sous l'identifiant ARK btv1b6943336j/f1, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=81997455
Le combat contre le "Vandalisme"
On doit à l'Abbé Grégoire l'invention du mot vandalisme. Au plus fort de la Révolution Française, tout ce qui rappelle la monarchie ou l'Eglise peut être détruit. C'est le cas dans de nombreux endroits de France où les symboles sont martelés. A Saint Denis, la nécropole des rois de France, on vide les tombeaux des rois et reines qui y repose et on commence à détruire les oeuvres qui les surmontent. Alors qu'être prêtre peut mener tout droit à la guillotine, l'Abbé s'élève avec force contre cette destruction aveugle à la tribune de la Convention. Dans ses propos, il affirme avec force que les chefs-d'œuvre de l'art et de la science sont la propriété de la Nation. Il demande non seulement qu'on ne les détruise pas, mais qu'on les protège. Ce jour là, au péril de sa vie, il pose les bases de la conservation du patrimoine français moderne.
La basilique Royale de Saint Denis. Photo choisie par Monsieurdefrance.Fr : Petr Kovalenkov/Shutterstock
L'artisan de la nationalité française pour les Juifs
À force de ténacité à la tribune de l'Assemblée, il finit par obtenir, le 27 septembre 1791, le décret accordant la pleine citoyenneté aux Juifs de France. En faisant de la France le premier pays européen à leur offrir la nationalité sans condition de renoncement à leur foi, il invente la citoyenneté moderne, fondée sur l'appartenance à la nation et non sur la croyance.
La Loi obtenue par l'abbé Grégoire / Par Musée d'art et d'histoire du Judaïsme — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=41895870
Le pionnier de l'abolition de l'esclavage
Pour Grégoire, la liberté est indivisible : elle ne peut s'arrêter aux frontières de l'Europe. Membre fondateur de la Société des Amis des Noirs, il dénonce avec une virulence prophétique "l'aristocratie de la peau" et le lobby des planteurs. Son acharnement porte ses fruits le 4 février 1794, lorsque la Convention décrète la première abolition de l'esclavage dans toutes les colonies françaises. Même après le rétablissement de l'horreur par Bonaparte en 1802, il continue la lutte en publiant De la littérature des Nègres, un ouvrage scientifique visant à prouver l'égalité intellectuelle de tous les êtres humains. Il restera jusqu'à son dernier souffle le défenseur acharné de la dignité humaine.
Le fondateur du CNAM : l’éducation pour tous
L’Abbé Grégoire ne se contente pas de changer les lois ; il veut transformer la société par le savoir. Le 10 octobre 1794, il propose à la Convention la création du Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM). Son objectif est visionnaire : réunir en un seul lieu les inventions, les machines et les outils les plus modernes pour les mettre à la disposition de tous. En créant ce "dépôt public", il invente l'enseignement technique gratuit et permet aux artisans de se former aux nouvelles technologies. Pour lui, la maîtrise des arts et métiers est la clé de l'indépendance économique de la France et de l'émancipation des travailleurs.
La signature de l'Abbé Grégoire / Par base Léonore des Archives nationales, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=16092538
Il défie Napoléon
Républicain pur et dur, l'Abbé Grégoire ne pliera jamais devant l'ambition personnelle de Bonaparte. Membre du Sénat conservateur sous le Consulat, il s'oppose frontalement au rétablissement de la noblesse et, surtout, il vote contre l'instauration de l'Empire. Il refuse d'assister au sacre de Napoléon en 1804. Cette hostilité au régime impérial lui vaudra d'être mis à l'écart du pouvoir, mais il restera l'une des rares consciences morales à n'avoir jamais prêté allégeance à l'Empereur. Napoléon doit se rendre à l'évidence : droit comme un "I", l'abbé Gregoire ne renonce jamais à ses convictions.
Le Sacre de Napoléon "Sacre de l'empereur Napoléon Ier et couronnement de l'impératrice Joséphine dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, le
Une fin hors de l'Église mais au milieu des hommes
La fin de sa vie est marquée par une grande solitude institutionnelle. La Restauration le rejette comme régicide et l'Église romaine ne lui pardonne pas son passé de prêtre constitutionnel. À sa mort en 1831, l'archevêque de Paris refuse de lui accorder des funérailles religieuses. Pourtant, le jour de ses obsèques, plus de 20 000 personnes escortent son cercueil au cimetière du Montparnasse. Le peuple de Paris rendait alors hommage à "l'ami des hommes", celui qui avait consacré chaque seconde de sa vie à la défense de la dignité humaine.
La facade du Panthéon et le dôme en arrière plan. Photo choisie par monsieurdefrance.com : Mix7777 via depositphotos.
Le 12 décembre 1989, à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française, la République rend à l'Abbé Grégoire l'hommage suprême : le transfert de ses cendres au Panthéon. Cette décision, portée par le président François Mitterrand, visait à honorer l'universalité de ses combats. En entrant dans la "crypte des grands hommes", ce curé lorrain rejoignait ses contemporains Condorcet et Monge. Ce geste symbolique marquait la reconnaissance définitive de son rôle de pionnier des Droits de l'Homme et de sa fidélité indéfectible aux valeurs de liberté et d'égalité, malgré les persécutions subies durant sa vie.
Les 5 plus célèbres citations de l'Abbé Grégoire
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"Les rois sont dans l'ordre moral ce que les monstres sont dans l'ordre physique." (Convention nationale, 21 septembre 1792).
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"Le vandalisme ! Je créai le mot pour tuer la chose." (À propos de la protection du patrimoine).
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"Les nuances de la peau ne tracent aucune ligne de démarcation entre les droits des membres de la famille humaine." (Combat pour l'abolition de l'esclavage).
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"On peut tout sacrifier à la patrie, excepté la conscience et l'honneur." (Sa devise de vie).
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"J'ai traversé vingt-cinq ans de Révolution. J'ai vu les rois s'en aller, je suis resté mon propre maître." (Reflet de son indépendance face à Napoléon).
FAQ – Tout savoir sur l'Abbé Grégoire
Pourquoi l'Abbé Grégoire est-il enterré au Panthéon ?
Ses cendres y ont été transférées en 1989 par le président François Mitterrand lors du bicentenaire de la Révolution. C'est un hommage à son combat pour l'abolition de l'esclavage, la citoyenneté des Juifs et la sauvegarde du patrimoine.
Quel rôle l'abbé Grégoire a-t-il joué pour la communauté juive ?
Il a été le principal artisan de l'accession des Juifs à la pleine citoyenneté et à la nationalité française, plaidant dès 1788 pour leur= intégration totale dans la nation.
Qu’est-ce que l’Eglise constitutionnelle dont il était évêque ?
Il s'agit de l'Eglise de France issue de la Constitution civile du clergé (1790). Les prêtres devenaient des fonctionnaires payés par l'État et devaient prêter serment de fidélité à la nation, ce qui entraîna une rupture avec le Pape.
L'abbé Grégoire a-t-il vraiment inventé le Conservatoire national des arts et métiers ?
Oui, c'est lui qui propose la création du CNAM en 1794, avec l'idée de réunir les outils et inventions pour instruire les artisans et perfectionner l'industrie française.
Où peut-on voir sa trace en Lorraine aujourd'hui ?
Bien qu'il repose au Panthéon à Paris, sa mémoire est très présente à Emberménil, sa paroisse, et à Vého, son village natal, où des hommages lui sont régulièrement rendus.
Jérôme Prod'homme Spécialiste du patrimoine, de la gastronomie et du tourisme français. Retrouvez toutes mes découvertes sur monsieur-de-france.com.
Illustration : l'abbé grégoire Par Pierre Joseph Célestin François — [1], Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3841243







