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Tout savoir sur Saint-Malo Intra-Muros : guide, remparts et secrets

Visiter la cité corsaire sans s'immerger dans Saint-Malo Intra-Muros, c'est passer à côté de l'âme de la Bretagne. Véritable forteresse de granit posée sur la mer, ce quartier historique ceinturé par ses remparts légendaires est le cœur battant de la ville. Mais que signifie réellement "Intra-Muros" et comment profiter des meilleurs points de vue sur la Manche sans perdre de temps ?

Que vous disposiez d'une heure pour faire le tour des remparts ou d'une demi-journée pour flâner dans les ruelles pavées, ce guide que j'ai rédigé vous livre tous les secrets de la ville close : des accès par la Porte Saint-Vincent aux demeures d'armateurs cachées. J'ai ajouté les anecdotes qui donneront une saveur supplémentaire à votre visite du rocher malouin.

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1) C’est quoi “Intra-Muros” à Saint-Malo ?

 

"Intra-Muros" c'est du latin et ça veut dire  "à l'intérieur des murs". Autrement dit, c'est le coeur historique de Saint Malo, cerné de près de 2 kms de remparts, entouré par la mer et relié à la terre par le Sillon. C'est cette ville originelle qu'on va découvrir ensemble. Vous noterez que beaucoup de vieux malouins disent encore "dans les murs", d'autres disent simplement "Intra". Du coup, le Sillon, les forts et les îles sont situés "hors les murs". 

 

Le drapeau malouin claquant fièrement au sommet du donjon du château de Saint-Malo, scène emblématique de l’Intra-Muros où l’histoire corsaire et l’identité malouine se lisent jusque dans les pierres. Photo choisie par monsieur-de-france.com.

Le drapeau malouin claque fierement au sommet du donjon du château de Saint Malo /  par Marie Sjödin de Pixabay

 

 

2) Entrer dans Saint Malo Intra-Muros : La Porte Saint-Vincent et le château

 

Pour bien commencer votre visite, l'entrée la plus emblématique est la Porte Saint-Vincent. Située face au port, elle est surmontée des armoiries de la ville et de la Bretagne. A sa droite se trouve le château. C'est la mairie de Saint Malo. Depuis la reconstruction, le drapeau Malouin est tout en haut, au dessus du drapeau français. C'est la seule mairie de France à faire cela et elle n'a jamais changé, même quand le général de Gaulle lui même l'a demandé par deux fois. 

 

 

La porte Saint Vincent et les armes de Saint Malo et de Bretagne

 

La Porte Saint Vincent côté extérieur. Y figurent les armes de Saint Malo et de la Bretagne. Photo choisie par monsieurdefrance.com : KovalenkovPetr / via dépositphotos.

La Porte Saint Vincent côté extérieur. Y figurent les armes de Saint Malo et de la Bretagne. Photo choisie par monsieurdefrance.com : KovalenkovPetr / via dépositphotos.

 

Elle date de 1703 et elle est dédiée à Saint Vincent, Saint Patron des marins. Elle a été doublée côté port en 1890 et c'est à cette époque qu'on a surmonté les deux portes de symboles : à gauche le blason de Saint Malo (avec l'hermine courant au dessus de la herse) et à droite le blason de la Bretagne avec les hermines et la couronne ducale. C'est de la porte Saint Vincent que part l'une des plus grandes artères commerçantes de la ville, la rue Saint Vincent. A droite de la porte se trouve la place Chateaubriand et ses multiples restaurants ainsi que des artistes, peintres et caricaturistes. Vous allez prendre par là. 

 

Le Château de Saint Malo  

 

C'est donc l'hôtel de ville de Saint-Malo. Il est surmonté du drapeau de Saint-Malo, bleu avec une croix blanche et un carré rouge sur lequel figure l'hermine. Édifié à partir de 1424 par ordre du duc Jean V de Bretagne, il a été modifié jusqu'au XVIIIe siècle. Il est constitué d'un donjon et de plusieurs tours dont la fameuse tour "quic-en-groigne" (qu'on prononce "qui qu'en grogne") construite par la volonté de la duchesse Anne de Bretagne de 1488 à 1591 et sur laquelle figurait autrefois une pierre gravée ainsi : "qui qu'en groigne ainsi sera c'est mon plaisir". Peut être une façon de rappeler aux Malouins turbulents que la patronne, c'était elle. Elle n'avait pas tort de se méfier un peu des Malouins. En effet, le château est défensif vers l'extérieur, mais aussi vers l'intérieur. Ce qui n'a pas empêché les habitants de prendre le château en 1590 et en 1792. Caserne jusqu'en 1921, il a été très abimé lors des bombardements de 1944, mais il a été rénové, son toit notamment, et il a fière allure. 

 

Le château de Saint-Malo surmonté du drapeau malouin, silhouette emblématique de l’Intra-Muros et du passé défensif de la cité corsaire, entre remparts, donjon et vue sur la mer. Photo choisie par monsieur-de-france.com.

Le château de Saint Malo toujours sommé du drapeau malouin. Photo choisie par monsieurdefrance.Com : tiloligo via depositphotos.

 

Dès le passage de la porte Saint Vincent, vous arrivez sur la Place Chateaubriand. En face de vous, les rues et une place avec des théâtre, vous allez prendre à droite, longer le château et les terrasses et vous accèderez à la Porte Saint Thomas. C'est là que commence notre balade. 

 

 

3) L’incontournable n°1 : Le tour des remparts

 

C'est l'activité gratuite la plus célèbre de Bretagne. Comptez environ une heure pour faire le tour complet. Les remparts de Saint Malo font très exactement 1754 mètres de longueur. En commençant par là, vous comprendrez mieux que Saint Malo est une presqu'ile qui devenait une île autrefois, chaque fois que la marée montante recouvrait la plage immense que vous verrez bientôt et qui s'appelle le Sillon. Vous verez le Fort National, le Grand Bé, un petit bout du petit Bé et au large les roches et les forts qui font de Saint Malo un site très difficile d'accès. Les anglais, pires ennemis des malouins, n'y sont parvenus qu'une fois. 

 

 

Commencez par la porte Saint Thomas .

 

Sommet de la porte Saint-Thomas à Saint-Malo, détail architectural des remparts de l’Intra-Muros à repérer en longeant le château, point de passage emblématique pour une balade sur les fortifications (GPS : “Porte Saint Thomas”). Photo choisie par monsieur-de-france.com.

Le sommet de la porte Saint Thomas. Pour la trouver longez le château. Adresse GPS : Porte Saint Thomas. Photo choisie par monsieurdefrance.Com christophe.cappelli via depositphoto

 

La porte Saint Thomas est l'une des 8 portes de Saint Malo (il y a ausi 3 poternes, de plus petites portes percées dans les murs). Elle permet de mieux comprendre Saint Malo et son histoire puisqu'on voit bien le Sillon qui est désormais l'immense plage qui s'allonge à votre droite, mais qui jouait un rôle de protection, autrefois, puisqu'il était recouvert régulièrement par la marée, isolant la ville par les flots. Devant vous, sur l'ilôt de "l'islet", le fort National (nous y revenons plus loin dans l'article). à votre gauche, le Grand Bé (on y revient aussi plus loin). Un peu plus loin, au large, le fort de la Conchée.

 

Le Fort National de Saint-Malo, posé sur son îlot juste en face de l’Intra-Muros, impressionnante fortification imaginée pour protéger la cité corsaire et visible à marée basse lors de la traversée. Photo choisie par monsieur-de-france.com.

Le Fort National est situé juste en face de vous / Photo choisie par Monsieur de France par Nicolas IZERN de Pixabay

 

 

Le fort la reine et "la machine infernale"

 

Erigé en plusieurs fois, il s'est appelé "bastion du cheval-blanc" quand Vauban, architecte militaire, a souhaité sa construction à partir de 1689, puis Bastion à la Reine lors des modifications qui l'ont amené à être surelevé de 1737 à 1744. En face de vous, il y a le Fort National sur le rocher "'l'islet" (on y revient un peu plus loin dans l'article) et, côté ville, l'ancien batiment de l'Ecole Nationale de la Marine Marchande, reconstruit après les destructions de 1944. Il est situé sur l'emplacement du "château gaillard", le premier château de Saint Malo. C'est presque devant le bastion à la Reine que "la machine infernale" a explosé. Je vous raconte cette histoire étonnante.

 

Saint-Malo Intra-Muros vu du ciel, avec le château au centre (mairie) et, tout à droite, l’avancée triangulaire des remparts correspondant au fort la Reine, lecture idéale du plan défensif et de l’architecture de la cité corsaire. Photo choisie par monsieur-de-france.com.

Intramuros vu du ciel. Au centre le Château (la mairie). Tout à droite, une avancée triangulaire sur les remparts : c'est le fort la Reine. Photo choisie par Monsieurdefrance.com s4visuals via depositphotos.

 

 

Le saviez vous ? La machine infernale : un flop anglais :

 

En 1694, la France et l'Angleterre sont en guerre. Les Anglais veulent prendre Saint-Malo qu'ils surnomment "le nid de frelons" parce que c'est d'ici que partent les corsaires qui arraisonnent leurs navires en grand nombre. Cette année-là, une flotte s'approche de Saint-Malo. Après avoir bombardé la ville (et fait des dégats considérables),et pris l'ile de Cézembre, les Anglais n'arrivent cependant pas à prendre la ville. La nuit venant, après avoir fait des repérages en chaloupe, ils lancent vers la cité leur "machine infernale", une sorte de bateau de 26 mètres de long, bourré d'explosifs, de mitraille, et de plein d'objets tranchants, réalisé dans le plus grand secret à Londres, et dont les voiles sont peintes en noir pour que les vigies de Saint-Malo ne le repèrent pas dans la nuit. L'idée, c'est de le faire exploser tout près des remparts.

 

Plan de la “machine infernale” de Saint-Malo, document historique détaillant le dispositif et son fonctionnement, lié à un épisode marquant de l’histoire malouine, issu des collections de Gallica (via Wikipedia). Photo choisie par monsieur-de-france.com.

Le plan de la machine infernale de Saint Malo / Source gallica.fr via wikipedia.fr

 

Heureusement pour Saint-Malo, un vent d'ouest assez fort fait dériver le bateau vers le rocher du Gros Malo, un écueil sur lequel il s'éventre. Alors que l'eau rentre dans les cales et que le navire commence à s'incliner vers le large, les Anglais décident de mettre le feu comme prévu et de faire exploser ce que les Malouins appelleront ensuite "la machine infernale". Le résultat est très en dessous de ce que les Anglais imaginaient. Après une énorme explosion, qui fait voler en éclats toutes les vitres de Saint-Malo et arrache même des toitures, il n'y a pourtant aucun blessé côté malouin. Seul un chat est victime de cette explosion qui aurait dû détruire la ville si tout c'était passé comme prévu côté anglais. Non seulement ça n'a pas fonctionné, mais les Anglais déplorent 5 morts, les marins qui ont allumé la mèche du brûlot et qui n'ont pas pu s'enfuir à temps. Ils parviennent toutefois à prendre le fort de la Conchée, sans trop de mérite, d'ailleurs, puisqu'il est alors en construction et ne compte pas beaucoup de soldats mais plutôt les 40 maçons qui le bâtissent et qui sont déportés à Guernesey. Au retour du "raid de Saint-Malo", le capitaine anglais, John Benbow, est traduit en cour martiale pour couardise, accusé de n'avoir pas été assez courageux pour mener ses bateaux plus près de Saint-Malo. Un peu plus loin dans la ville, "La rue du chat qui danse", rappelle la seule victime officielle du raid de Saint-Malo.

 

 

La Tour bidouane. 

 

La tour Bidouane vue depuis la plage de Bon-Secours à Saint-Malo, silhouette emblématique des remparts de l’Intra-Muros dominant le sable et la mer, repère incontournable lors de la promenade côtière. Photo choisie par monsieur-de-france.com.

La tour Bidouane vue depuis la plage de bonsecours. image choisie par monsieurdefrance.com : Neirfys / via depositphoto

 

N'hésitez pas à grimper dedans. La tour Bidouane est l'un des plus anciens éléments des remparts de Saint Malo puisqu'elle date du XVe siècle. 23 mètres de hauteur, 14 mètres de largeur, modifiée souvent, elle était une poudrière jusqu'en 1889 (on empilait même les boulets le long des contreforts des murs). Surtout n'oubliez pas de monter au sommet, parce que, depuis la tour Bidouane, la vue est incroyable. Vous avez devant vous la baie de Saint Malo. La vue est formidable sur le Grand Bé, l'ilôt situé en face de vous et sur lequel repose l'écricain Chateaubriant. Il est accessible uniquement à marée basse. Attention à ne pas rester piégé sur l'îlot à marée haute. Au large on aperçoit le fort de la Conchés, l'un des nombreux forts qui gardaient le passage vers Saint Malo. Des trésors de génie militaires imaginés par le maréchal de Vauban, l'ingénieur militaire de Louis XIV, dont l'oeuvre s'étale du nord au sud de la France, le long des frontières de l'époque et qui a été classée Patrimoine Mondial de l'Humanité par l'UNESCO. Encore plus loin, vous voyez le Cap-fréhel. Il est à un peu moins d'une heure de route. 

Depuis la tour Bidouane, vous continuez votre chemin sur les remparts en passant au dessus de la plage de Bonsecours. Elle est dotée d'une piscine de plein air, construite en 1937 par monsieur Lesaulnier pour permettre aux clients de son établissement de se baigner même quand la mer s'était retirée loin à marée-basse. On lui doit aussi les premières douches de plages de Saint Malo. 

 

 

Le saviez vous ? Surcouf le corsaire qui avait le mal de mer

 

Non loin, tournée vers l'Angleterre, se trouve la statue du plus célèbre corsaire malouin, Robert SURCOUF (1773-1827) qui a beaucoup agacé les Anglais (vieille tradition malouine !) et vécu une vie comme un romancier ne l'imaginerait pas. Victime du mal de mer (un comble avouez) quand il s'embarque à l'âge de 13 ans, il était corsaire, autrement dit un capitaine civil muni d'une lettre de marque royale l'autorisant à attaquer les navires ennemis de la France, à charge pour lui de remettre une partie de ses prises à l'Etat. C'est d'ailleurs l'énorme différence entre un corsaire et un pirate. Un pirate attaque et pille pour lui-même. Un corsaire attaque et pille pour le roi... Et lui-même. Ces corsaires, nombreux à Saint-Malo le surnom de "Cité Corsaire".

 

Statue de Robert Surcouf, célèbre corsaire de Saint-Malo, figure emblématique de l’épopée maritime malouine et symbole de la ville tournée vers l’aventure, le commerce et la mer. Photo choisie par monsieur-de-france.com.

La statue de Robert Surcouf, corsaire malouin / Photo choisie par Monsieur de France : par JackieLou DL de Pixabay

 

 

Surcouf est notamment célèbre pour son évasion anglaise et pour avoir regagné Saint Malo à la rame. Il est aussi connu pour avoir pris en moins d'un quart d'heure un navire anglais pourtant trois fois supérieur en nombre de membres d'équipage. Il est aussi renommé pour son sens de la répartie. On dit qu'à un officier anglais qui lui lançait "Vous les Français vous vous battez pour l'argent alors que nous, Anglais, nous nous battons pour l'honneur", Surcouf aurait répliqué ", c'est normal chacun se bat pour ce qui lui manque". Même si c'est probablement faux, on ne prête qu'aux riches. Il repose au cimetière de Saint-Malo et son histoire, avec celle d'autres corsaires Français, est ci-dessous :

 

 

 

 

Le bastion de la Hollande :

 

Le bastion de la Hollande vu depuis la tour Bidouane à Saint-Malo, perspective spectaculaire sur les remparts de l’Intra-Muros et la mer, l’un des points de vue les plus impressionnants de la promenade. Photo choisie par monsieur-de-france.com.

Le bastion de la Hollande vu depuis la Tour Bidouane. Photo (c) monsieurdefrance.com

 

Construit à la place d'anciens moulins, en 1674, au moment de la guerre de Hollande, qui lui a donc donné son nom, le bastion de Hollande. Les canons ont été offerts à la Ville de Saint Malo en 1696 par le Comte de Toulouse, fils bâtard de Louis XIV et gouverneur de Bretagne, en hommage parce que Saint Malo avait bien contribué à la défense de la France. 

 

Les canons du bastion de la Hollande à Saint-Malo, célèbres pièces d’artillerie tournées vers la mer, rappelant le rôle défensif des remparts de l’Intra-Muros face aux attaques venues du large. Photo choisie par monsieur-de-france.com : par Gaspard Delaruelle de Pixabay.

Les canons du bastion de la Hollande sont célèbres / Photo choisie par Monsieur de France : par Gaspard Delaruelle de Pixabay

 

 

Le saviez vous ? Dinard est juste en face

 

Depuis les canons et le parapet vous avez une vue dégagée sur Dinard, ville balnéaire née au 19e siècle. "Perle de la côte d'émeraude" c'est une ville chic qui compte plus de 400 villas classées ou sauvegardées, principalement de style anglais, ce qui en fait la ville la plus brittanique de l'Ouest. On peut y aller facilement depuis le bus de mer (10 mn de traversée) situé au bassin Vauban près du Môle des noires. 

 

 

hommage à Jacques Cartier le Malouin qui a découvert le Canada. 

 

C'est sur le bastion de la Hollande que se trouve la statue d'un des plus célèbres malouins de l'histoire et qui fait toujours quelque chose aux québecquois quand ils la voient : Jacques Cartier (1491-1557), découvreur du Canada. Le malouin a fait plusieurs expéditions vers l'Ouest, cherchant un chemin plus court vers la Chine. Il a remonté le fleuve Saint Laurent (qu'il a baptisé le jour de la Saint Laurent) et découvert ce qui deviendra "la belle province" ce fameux Québec qui est chez lui, ici, à Saint Malo. 

 

 

Portrait imaginaire de Jacques Cartier peint par Théophile Hamel en 1844, figure emblématique des explorations françaises au Canada. Photo choisie par monsieurdefrance.com

Jacques Cartier imaginé par  Theophile Hamel (1844). , CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=75675451

 

 

Le saviez vous ? Saint Malo une ville gardée par des chiens

 

C'est sous ce bastion, dans une cour, qu'on enfermait les chiens du guet. Ces chiens féroces, des dogues anglais, au nombre de 24, étaient enfermés la journée, et on les lâchait hors des murs pour protéger la ville et attaquer toute personne qui se serait trouvée le long des remparts. Ils ont fait le job jusqu'en 1772 avant d'être supprimés. On dit que c'est après avoir attaqué et blessé gravement un gentilhomme malouin qui serait rentré un peu tard après avoir courtisé une belle du côté de Saint Servan. Les portes de la ville étaient fermées et les chiens étaient lâchés tous les jours à la même heure, mais pour que les têtes en l'air ne l'oublient pas, une cloche nommée la noguette (de "nox quieta" en latin qui signifie nuit tranquille), sonnait chaque soir à 22H00. Elle continue à la faire depuis. Décalée exprès de son horaire habituel, elle a même servi a rappeler l'horaire du couvre-feu pendant le confinement contre le COVID. 

 

Vue aérienne du bastion de la Hollande à Saint-Malo, imposante avancée des remparts offrant une lecture spectaculaire du système défensif de l’Intra-Muros et des panoramas sur la mer. Photo choisie par monsieur-de-france.com.

Vue aérienne du Bastion de la Hollande. Photo choisie par monsieurdefrance par S4visuals via depositphotos.

 

 

Le bastion Saint Philippe. 

 

Vaste esplanade, il domine la plage du môle et le môle des noires (du nom des roches sur lesquelles il est bâti). Il s'agit d'une jetée qui protège le port de Saint Malo. Elle fait 500 mètres de longueur et on peut la parcourir. C'est près de ce bastion que les armateurs les plus riches de Saint Malo ont construit leurs hôtels particuliers dans ce quartier qui s'est longtemps appelé "la californie" parce que les armateurs ont notamment fait fortune en faisant des affaires au Pérou (le Pérou regorgeait d'or et manquant de vêtements, les malouins sont allés vendre les vêtements et récuperer l'or alors même que l'Espagne l'avait rigoureusement interdit). Une bonne partie des maisons d'armateur a été détruite lors des bombardements de 1944 mais on a reconstruit "à l'identique", c'est à dire au plus proche de leur allure originelle du XVIIIe siècle, après un travail de fourmis, notamment de numérotation des pierres pour réussir à les assembler comme l'étaient avant la destruction.

 

Le bastion Saint-Philippe à Saint-Malo en arrivant depuis le bastion de la Hollande, enchaînement spectaculaire de remparts et de plates-formes défensives offrant un panorama unique sur la mer et l’Intra-Muros. Photo choisie par monsieur-de-france.com.

Le bastion Saint Philippe en arrivant depuis le bastion de Hollande. Photo choisie par Monsieurdefrance : TravellingLight via dépositphotos.

 

Certaines demeures n'ont pas été abimées comme l'hôtel d'Asfeld, du nom de la rue dans laquelle il est situé, mais qui est en fait l'hôtel "Magon", du nom de la famille Magon, très riche famille d'armateurs malouins. On la reconnait facilement depuis les remparts puisqu'elle est légèrement en retrait derrière une petite cour intérieure. C'est le seul hôtel particulier d'armateur resté intact et il faut en faire la visite. Ces façades en pierre, qui semblent avoir toujours fait partie de Saint Malo, sont un peu récentes, si j'ose dire, dans l'histoire malouine puisque la pierre n'a été imposée dans les construction qu'à partir de 1661 après "la grande brûlerie" un incendie qui a ravagé la ville qui était, jusque là, faite de bois et selon des techniques assez proches de la charpenterie de marine. Avant la dernière guerre, on trouvait encore de nombreux batiments dont l'étage ressemblait fortement à l'arrière des gallions du XVIIe siècle. Ce passage sur le bastion Saint Philippe est aussi l'occasion de se rappeler que la ville historique de Saint Malo était très peuplée autrefois. Très bruyante aussi, entre les habitants vaquant à leurs occupations, les chevaux et leur fers, les marins en goguette entre deux embarquements... 

 

Quelques façades de demeures malouines juste avant le bastion Saint-Philippe à Saint-Malo, belles pierres et fenêtres alignées typiques de l’Intra-Muros, rappelant l’élégance des maisons de négociants et l’âme de la cité corsaire. Photo choisie par monsieur-de-france.com.

Quelques façades de demeures malouine un peu avant le Bastion Saint Philippe. Photo choisie par monsieurdefrance.com : depositphoto.

 

 

La Grande Porte

 

En continuant la promenade vous passez sur celle qui est avec la porte Saint Thomas, la plus ancienne porte de Saint Malo "la Grande Porte", dont les tours ont été ajoutées en 1552. Côté ville vous voyez la Cathédrale Saint Vincent, côté extérieur le Bassin Vauban, connu pour être le lieu de départ de la légendaire course en solitaire "la route du rhum". Sur la porte, dans une niche, se trouve la statue de "Notre Dame de la Grand Porte" qui auraient été trouvée flottant sur l'eau par des marins alors même qu'elle est en pierre. Elle aurait aussi protégé la ville de Saint Malo lors de l'incendie de 1661. L'originale, décapitée à la Révolution Française, est dans la cathédrale. Vous pouvez descendre des remparts à cet endroit pour gagner l'intérieur de la ville, ou poursuivre quelques mètres avant d'arriver à la Porte Saint Vincent, votre point de départ. Moi je descend toujours ici. 

 

 

4) Les trésors à l’intérieur des murs

 

Entre deux montées sur les remparts, plongez dans le dédale des rues, il est sonore, il y a du monde, mais c'était encore plus sombre et agité avant la destruction de 1944. Il faut imaginer une ville avec des maisons en bois, qui donnent sur la rue avec de gigantesques baies de verre, à l'image de l'arrière des bâteaux du 18e siècle. C'était facile à faire et cela donnait beaucoup de lumière. Vous trouverez toutes les spécialités culinaires de Bretagne ici, notamment les fameuses crêpes ou un chouette plateau de fruits de mer. Ce qu'il ne faut pas râter : 

 

 

La cathédrale Saint Vincent 

 

Cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo et son clocher au profil si particulier, reconstruit après les destructions de la Seconde Guerre mondiale et achevé en 1972, repère majeur de l’Intra-Muros entre histoire, mémoire et renaissance de la ville. Photo choisie par monsieur-de-france.com : Image par Jens de Pixabay.La

cathédrale Saint Malo et son clocher  si particulier, reconstruit après les destructions de la guerre et terminé en 1972. Photo choisie par monsieurdefrance.com : Image par Jens de Pixabay 

 

Siège de l'évêché de Saint Malo (disparu en 1790), depuis l'an 1145, elle est véritablement l'emblème de Saint Malo, le coeur de la ville, son âme aussi, elle qui a vu défiler bien des vies malouines en près de mille ans. C'est ici qu'on été baptisé Surcouf ou Châteaubriand, c'est là que repose Jacques Cartier. Elle a été très abimée pendant la Seconde Guerre Mondiale, mais ses murs les plus anciens sont de style roman, le choeur est gothique, éclairé par des vitraux qui donnent une belle athmosphère bleutée et le clocher est le seul élément haut intra muros. Il n'a pas toujours eu cette allure. Il était plutôt bas avant qu'en 1860 soit terminée une flèche ajoutée de style néogothique inspirée par la cathédrale de Quimper, qui a été détruite par les bombardements de 1944 avant de laisser la place à celui qu'on connait aujourd'hui qui fut achevé en 1972 et couronné d'une croix en 1987. C'est dans le clocher que se trouve la célèbre "noguette", la cloche municipale qui sonne chaque soir à 22H00 depuis 1804. 

 

Intérieur de la cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo, ambiance solennelle et lumière particulière soulignant les volumes, les voûtes et le caractère unique de ce grand monument de l’Intra-Muros. Photo choisie par monsieur-de-france.com.

L'intérieur de la cathédrale de Saint Malo et son atmosphère si particulière. Image choisie par monsieurdefrance.com : jjfarquitectosJJ via depositphotos.

 

Faire les boutiques et flâner rue Saint Vincent, rue de la Barbinais etc...

 

Saint Malo n'est pas uniquement centrée sur la mer, loin de là. C'est une ville de commerce depuis les origines. On commerçait déjà dans la cité d'Alet des gaulois coriosolites, les armateurs malouins faisait dans le commerce international pour ramener des choses rares à Saint Malo comme les épices. "Intra", comme on dit, vous pourrez faire les boutiques et vous faire plaisir dans quelques bonnes adresses originale ou très réputées comme la Maison Bordier, 9 rue de l'Orme, qui fabrique le meilleure beurre du monde. Un beurre salé (normal en Bretagne) qu'on peut déguster nature et tout simplement sur une bonne tranche de pain, mais aussi des beurres "parfumés", par exemple aux algues. C'est juste une dinguerie tellement c'est bon. La maison Roellinger présente un nombre incroyable d'épices du monde entier au 12 rue Saint Vincent. 

Vous en profiterez aussi pour regarder les noms de rues, qui sont souvent originaux voire amusants comme "la rue de la pie qui boit", la seule rue Française à porter son nom qu'elle tient d'une taverne dont l'enseigne en bois figurait une pie sur un tonneau de cidre. "La rue du point du jour", la rue "des marins" qui rappelle que les marins étaient nombreux à Saint Malo et qu'ils venaient là fêter leur retour à terre après une campagne sur les navires corsaires au XVIII et XVIIIe siècle ou sur les "terre-neuvats" ces navires qui les emmenaient pêcher la morue au large de Terre-Neuve au Canada. Un métier très risqué et il n'était pas rare que certains n'en reviennent pas. Il y a aussi la rue du "chat qui danse" qui rappelle qu'un chat fut la seule victime de la machine infernale explosive lancée par les Anglais contre Saint Malo. Des rues rappellent l'existence de grands malouins tels que Maupertuis (philosophe des Lumières) ou la Mettrie (médecin et philosophe des Lumières). 

 

Le saviez vous ? Mystères et compagnie met Harry Potter à l'honneur à Saint Malo 

Intramuros. On y trouve tout l'univers de Harry Potter et les objets de la marque les plus rares. De la fameuse baguette au nimbus 3000 en passant par les tenues des Maisons. A ne pas râter avec les enfants. 

Adresse : 2 place Brevet. 

 

 

Passer devant des maison historiques celles de Châteaubriand et de Surcouf

 

On peut passer devant la maison natale de Châteaubriand. C'est en effet à Saint Malo, le 4 septembre 1768 qu'est né François René de Châteaubriand au 3 de la rue des juifs, devenue ... Rue Châteaubriand. Né dans la tempête d'ailleurs comme il le rappelle lui même dans "les mémoires d'outre-tombe", lui qui écrit : "La chambre où ma mère accoucha domine une partie déserte des murs de la ville, et à travers les fenêtres de cette chambre on aperçoit une mer qui s’étend à perte de vue, en se brisant sur des écueils (…). Le mugissement des vagues, soulevées par une bourrasque annonçant l’équinoxe d’automne, empêchait d’entendre mes cris ". On ne peut pas visiter mais la facade se laisse voir. Toujours intramuros, on peut passer devant la maison de Robert Surcouf, le plus célèbre corsaire Malouin. La maison natale de Surcouf, l'hôtel de la Bertaudière est située 2 rue du chat qui danse et qui ne se visite pas non plus. En revanche, on peut visiter la demeure de Corsaire, l'hôtel d'Asfled, située 5 rue d'asfeld

 

Rue de Saint-Malo animée par les touristes, entre façades de pierre, vitrines et ruelles de l’Intra-Muros, scène typique de balade au cœur de la cité corsaire. Photo choisie par monsieur-de-france.com.

Photo choisie par monsieurdefrance.com :  Photo Boards sur Unsplash

 

 

5) Itinéraires prêts à l’emploi

 

Saint-Malo intra-muros en 2 heures (L'essentiel)

 

  1. Entrée par la Porte Saint-Vincent.

  2. Montée sur les remparts jusqu’au Bastion de la Hollande.

  3. Descente vers la Cathédrale Saint-Vincent.

  4. Pause rapide pour un Kouign-amann dans la Grande Rue.

 

 

Saint-Malo en 1/2 journée (L'immersion)

 

  1. Tour complet des remparts (départ Porte Saint-Vincent).

  2. Visite de la Cathédrale.

  3. Flânerie dans les boutiques de créateurs de la rue des Cordiers.

  4. Pause goûter ou apéritif en terrasse sur la Place Chateaubriand.

  5. À marée basse : sortie par la Porte des Bébés pour marcher jusqu'au Grand Bé.

 

 

La lumière du soir à Saint-Malo, magnifique et dorée, enveloppant remparts, toits et mer d’une atmosphère unique sur la Côte d’Émeraude, l’un des plus beaux moments pour se promener dans l’Intra-Muros. Photo choisie par monsieur-de-france.com : par Ralph Häusler de Pixabay.

La lumière du soir est toujours magnifique à Saint Malo / Photo choisie par Monsieur de France : par Ralph Häusler de Pixabay

 

6) Infos pratiques : Gagnez du temps

 

  • Tout à pied ? Oui ! L'Intra-Muros est un mouchoir de poche. C’est le mode de déplacement idéal et presque obligatoire.

  • Accessibilité : Les remparts disposent de plusieurs rampes (notamment vers la Porte Saint-Vincent et la Porte Saint-Louis), mais certains secteurs comportent des escaliers étroits attention, donc, si vous êtes une personne à mobilité réduite..

  • Le meilleur moment : Visez le coucher de soleil depuis le rempart ouest (côté mer). Les couleurs sur le granit sont inoubliables.

 

 

 

Conclusion : Au-delà des murs, la magie de Saint-Malo continue

 

Si l'Intra-Muros est le joyau incontesté de la cité corsaire, il n'est que la porte d'entrée d'une destination bien plus vaste. Une fois franchis les remparts, Saint-Malo continue de se dévoiler à travers ses quartiers de caractère et ses paysages maritimes grandioses.

Pour une expérience malouine complète, ne manquez pas de fouler le sable de la Grande Plage du Sillon, d'admirer les villas Belle Époque de Paramé ou de vous offrir une parenthèse authentique dans le port de pêche de Saint-Servan, dominé par la majestueuse Tour Solidor. Chaque quartier possède sa propre lumière et ses secrets bien gardés.

Vous voulez explorer la ville sous toutes ses facettes ? Je vous invite à découvrir mes guides complets pour visiter Saint-Malo dans sa globalité et ne rien manquer de la côte d'Émeraude.


Jérôme Prod'homme Spécialiste du patrimoine, de la gastronomie et du tourisme français. Retrouvez toutes mes découvertes sur monsieur-de-france.com.

 

 

 

 

7) FAQ : Vos questions sur Saint-Malo

 

C’est quoi Intra-Muros à Saint-Malo ?

C'est le quartier historique fortifié de la ville, entouré de remparts en granit.

 

Combien de temps pour faire les remparts de Saint-Malo ?

Il faut entre 45 minutes et 1h15 selon votre rythme et le temps passé à prendre des photos.

 

Où entrer dans Saint-Malo Intra-Muros ?

La Porte Saint-Vincent est l'entrée principale, mais la Porte Saint-Louis (plus proche des parkings) est une excellente alternative.

 

Que voir absolument à Saint-Malo Intra-Muros ?

Les remparts, la Cathédrale Saint-Vincent, la demeure d'Corsaire et la vue sur le Fort National.

image d'illustration : par djedj de Pixabay

Jérôme Prod'homme

Jérôme Prod'homme

 Jérôme Prod'homme est Monsieur de France.
Auteur et conteur du patrimoine français, il est passionné par l’histoire, la culture, les traditions et l’art de vivre en France. Depuis de nombreuses années, il écrit pour différents médias sur des sujets liés au tourisme, aux lieux chargés d’histoire, aux spécialités régionales et à la mémoire du pays. 

À travers Monsieur de France, Jérôme partage des expériences vécues, des visites réelles et des découvertes authentiques. Il sillonne les régions, rencontre les habitants, échange avec les artisans, explore les marchés, les villages, les châteaux, les forêts et les vignobles. Chaque article naît d’une curiosité sincère et d’une envie de transmettre. 

Son objectif n’est pas de faire un cours d’histoire, mais de faire aimer la France à ceux qui la découvrent, et à ceux qui la connaissent déjà — par le récit, par les émotions, par les anecdotes, par les parfums de cuisine et par le plaisir de la découverte. Monsieur de France est une invitation à explorer ce pays magnifique avec les yeux, le cœur et même ... L’appétit ! 

Jérôme Prod'homme

Jérôme Prod'homme

 Jérôme Prod'homme est Monsieur de France.
Auteur et conteur du patrimoine français, il est passionné par l’histoire, la culture, les traditions et l’art de vivre en France. Depuis de nombreuses années, il écrit pour différents médias sur des sujets liés au tourisme, aux lieux chargés d’histoire, aux spécialités régionales et à la mémoire du pays. 

À travers Monsieur de France, Jérôme partage des expériences vécues, des visites réelles et des découvertes authentiques. Il sillonne les régions, rencontre les habitants, échange avec les artisans, explore les marchés, les villages, les châteaux, les forêts et les vignobles. Chaque article naît d’une curiosité sincère et d’une envie de transmettre. 

Son objectif n’est pas de faire un cours d’histoire, mais de faire aimer la France à ceux qui la découvrent, et à ceux qui la connaissent déjà — par le récit, par les émotions, par les anecdotes, par les parfums de cuisine et par le plaisir de la découverte. Monsieur de France est une invitation à explorer ce pays magnifique avec les yeux, le cœur et même ... L’appétit !