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Un corsaire... C'est quoi ?

Capitaines ou armateurs, parfois les deux à la fois, les corsaires font, eux aussi, partie de l'histoire de France. Armés pour la "course" d'où ce nom de corsaires, ils ont écumé les mers pour attaquer les navires ennemis de la France et certains sont devenus célèbres comme Surcouf, Dugay-Trouin ou Jean Bart. Découverte de ces hommes audacieux qu'il ne faut jamais confondre avec les pirates, eux qui se battaient avec l'autorisation du roi...

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C'est quoi un corsaire ? 

 

Un corsaire, c'est un capitaine (ou un armateur) qui, traditionnellement fait plutôt du commerce, et qui, en temps de guerre, se lance dans la "course ", c'est-à-dire la recherche et la poursuite de tout navire, surtout des navires de commerce, battant pavillon ennemi. 

Illustration choisie par monsieurdefrance : Maurice Orange, Le Retour des corsaires, 1806, musée du Vieux Granville.

Illustration choisie par monsieurdefrance : Maurice Orange, Le Retour des corsaires, 1806, musée du Vieux Granville.

 

Pour avoir l'autorisation de le faire, ils sont titulaires d'une lettre du roi nommée lettre de marque (ou lettre de course) qui leur donne le droit de le faire mais leur donne aussi des devoirs. Ils n'ont droit d'attaquer que les ennemis de la France. Ils doivent reverser une partie de leurs prises au trésor royal. Le corsaire doit aussi annoncer les couleurs de sa nation à distance raisonnable et jamais par traitrise. Il doit aussi respecter les biens des marins du navire qu'il a pris, autrement dit le butin, c'est ce qu'il y a dans les cales, le bateau lui-même, mais jamais ce que les gens à bord possèdent. Ces obligations, régulièrement contrôlées par les officiers du roi, sont d'ailleurs l'une des choses qui les différencie des pirates qui, eux, se battent pour eux-mêmes, et n'ont aucune loi sinon la leur... Et encore quand ils la suivent ! Mais, corsaires et pirates ont tout de même quelques points communs très forts : ils connaissent la Mer, ils la traversent dans tous les sens et surtout : ils sont audacieux.

 

 

La grande époque : les XVIIe et XVIIIe siècle 

 

Il existait déjà des corsaires avant le XVIIe siècle, mais ce sont les guerres des XVIIes et XVIIIes siècles contre les puissances maritimes qui vont déclencher l'âge d'or de la Course. Contre les Hollandais d'abord, les Britanniques ensuite, les Espagnols parfois... Selon les périodes de paix ou de guerre que connait le royaume de France, les corsaires arraisonnent plutôt tel ou tel navire de telle ou telle nationalité. Les derniers corsaires s'illustrent dans les guerres napoléoniennes, au début du XIXe siècle. Ils sont souvent richissimes, de par leurs prises, bien sûr, mais aussi parce que ce sont des entrepreneurs. Armateurs, ils investissent ce qu'ils gagnent, notamment en période de paix, quand la Course n'est pas possible, pour faire du commerce. Parfois même avec les colonies des nations qu'ils ont attaqué lors du conflit précédent. 

 

 

Saint Malo : le nid de frelons

 

A la grande époque des corsaires, ils partent de plusieurs ports de la façade ouest de la France : Dunkerque (Jean Bart), Calais et Boulogne dans le Nord, Granville ou Dieppe en Normandie, en Bretagne : Morlaix et surtout Saint-Malo. 

A Saint-Malo, la statue de Robert Surcouf (1773-1827) corsaire et armateur. Photo choisie par monsieurdefrance.com : Jérôme Prod'homme. A Saint-Malo, la statue de Robert Surcouf (1773-1827) corsaire et armateur. Photo choisie par monsieurdefrance.com : Jérôme Prod'homme. 

 

C'est d'ailleurs devenu une telle spécialité malouine que les Anglais ont fini par appeler la ville "le nid de frelons". Ils ont même essayé plusieurs fois de la prendre en l'attaquant, sans jamais y parvenir. De ce passé mouvementé, Saint-Malo a gardé les grandes maisons qui font sa beauté, cernées de remparts face à la mer, et qui ont souvent été construite par des armateurs qui étaient corsaires ou avaient une part dans une association maritime de corsaires. C'est resté dans le surnom de Saint-Malo : la Cité Corsaire.

 

Saint Malo "cité corsaire" garde le souvenir des destins étonnants de ses corsaires. Photo choisie par Monsieurdefrance.com : Shutterstock. 

Saint Malo "cité corsaire" garde le souvenir des destins étonnants de ses corsaires. Photo choisie par Monsieurdefrance.com : Shutterstock. 

 

Les plus célèbres corsaires 

 

Il y en a trois. L'un est du nord, les deux autres de Saint Malo. A eux trois, ils remplissent tout un siècle de fracas de canon, de coup de ruse et du cliquetis des pièces d'or quand on faisait rouler, depuis le navire jusqu'au quai, les barils qui servaient à les entreposer. 

 

 

Jean Bart (1650-1702)

 

Jean Bart imaginé par Léon-Jean Gérôme en 1862

Jean Bart imaginé par Léon-Jean Gérôme en 1862

 

Le corsaire de Dunkerque, d'où il partait souvent. On lui doit de nombreuses attaques d'enemis, par exemple celle de 80 bateaux de pêches hollandais qu'il détruit en 1692, et aussi, entre autres, sa prise la plus célèbre, en 1694  : celle de 110 navires français chargés de blé acheté à la Norvège et que les Hollandais avait arraisonnés. Jean Bart a attaqué, récupéré les navires et le blé et battu les Hollandais juste en face de chez eux, devant l'ile de Texel. Une vie mouvementée que celle de Jean Bart, qui a été fait prisonnier par les Anglais en 1682. Il a réussi à s'évader avec un culot incroyable. Poursuivi dans tout le port de Plymouth, il monte avec un ami sur une barque de pêcheur qu'il prend. Il traverse le port et, quand un Anglais demande en anglais "qui va là ?", Forbin, l'ami de Jean Bart qui parle anglais répond "des pêcheurs" en anglais et avec un accent impéccable qui fait que les marins britanniques les laissent passer. 48 heures plus tard, ayant traversé la Manche à la rame, Jean Bart et Forbin finissent par arriver ... A Saint Malo "Cité Corsaire". Ca ne s'invente pas ! Très célèbre, Jean Bart a été anobli par le roi Louis XIV en remerciement de ses services. 

 

La capture de Jean Bart en 1689 décrite par une gravure du XIXe siècle. La prise de Jean Bart en 1689 décrite par une gravure du XIXe siècle. 

 

 

Dugay-Trouin (1673-1736)

 

René Trouin, sieur du Gué, est mieux connu sous le nom de René Dugay-Trouin. Il est né à Saint-Malo en 1673, d'une famille d'armateurs. Son père investissait déjà dans la Course en temps de guerre, et faisait du commerce en temps de paix. Et pourtant rien ne le prédisposait à sa carrière puisqu'il était prévu qu'il devienne... Prêtre ! C'est parce qu'il a été chassé de son école de Rennes pour son "mauvais caractère" et parce qu'il courrait les filles, que le jeune René s'est retrouvé, bien forcé, sur un navire à l'âge de 16 ans et bien ennuyé puisqu'il était victime du mal de mer.

 

Le portrait et les armoiries de René Dugay-Trouin. 

Le portrait et les armoiries de René Dugay-Trouin. 

 

Et pourtant : quelle carrière ! Capitaine de navire corsaire à 18 ans seulement ! Capitaine de frégate, chef d'escadre ... Il est anobli à 36 ans par le Roi Louis XIV.  Il aurait participé à plus de 80 combats en mer. Capturé en 1694 (il a 21 ans), il est enfermé en Angleterre où, décidément joli-coeur, il séduit une marchande qui lui rend visite. Il pourrait se contenter de la séduire, mais non ! Il a remarqué que la marchande plait à un jeune Français, protestant, qui voudrait bien l'épouser. Machiavélique, Dugay-Trouin persuade la jeune fille de l'aider à s'évader pour aller vivre le grand amour, et il persuade le jeune protestant français de l'aider à s'évader pour qu'il lui présente la jeune fille et la persuade que c'est lui, et non pas Dugay-Trouin, l'amour de sa vie. Entre temps, il a pris contact avec un marin suédois qui lui a préparé des armes et une barque, et c'est en pleine nuit qu'il déboule après s'être enfui quand le jeune protestant et la jeune marchande se sont retrouvés, avec lui, au point de rendez-vous. Un vrai roman ! 

 

Le coup de canon, tableau de Van de Velde le Jeune, 1707 C'est ce genre de navire que Dugay-Trouin commandait. 

Le coup de canon, tableau de Van de Velde le Jeune, 1707 C'est ce genre de navire que Dugay-Trouin commandait. 


Dugay-Trouin parcourt les mers du globe. Au Spitzberg, il prend 28 baleiniers, aux Açores, il pille la ville de Velas. Mais son plus haut fait, c'est la grande expédition de Rio de Janeiro, en 1711. Vraiment très doué, il oblige le gouverneur portugais à payer la paix à prix d'or sous peine d'un pillage complet de la ville. Dugay Trouin repart avec 60 navires pleins à craquer... 

 

Portrait de Dugay-Trouin par Antoine Graincourt / Musée de la Marine. 

Portrait de Dugay-Trouin par Antoine Graincourt / Musée de la Marine. 

Mort en 1736, il a longtemps reposé à Paris avant que son corps ne soit ramené à Saint-Malo en 1973 pour célébrer le 300e anniversaire de sa naissance. Il repose désormais dans la cathédrale. 

 

 

Robert Surcouf (1773-1827)

 

Portrait de Surcouf (gravure de Lemercier en 1835).

Portrait de Surcouf (gravure de Lemercier en 1835). 

Né à Saint Malo, lui aussi, il a épaté son époque puisqu'il a été surnommé "le tigre des mers". Attaquant chaque fois qu'il pouvait, non seulement dans la Manche, mais aussi en Inde, il est le dernier grand corsaire. En 5 ans seulement, il a attaqué plus de 50 navires. C'est peut être l'un des plus grands marins que la France a engendré. C'est le plus célèbre de Saint Malo et c'est d'ailleurs là, au cimetière de Rocabey, qu'il repose. Sur sa pierre tombale on peut lire : 

« Un célèbre marin a fini sa carrière

Il est dans le tombeau pour jamais endormi

Les matelots sont privés de leur père

Les malheureux ont perdu leur ami. » 

Jérôme Prod'homme

Jérôme Prod'homme

Jérôme est "monsieur de France" l'auteur de ce site.