Pourquoi l'histoire de Metz est-elle unique ? Ancienne capitale des Gaulois Médiomatriques puis de l'Austrasie, Metz a traversé les siècles comme une cité de pouvoir. Entre sa période de République indépendante et ses annexions successives, elle a forgé une identité architecturale et culturelle unique, au carrefour de la France et de l'Allemagne.
1. Divodorum : La "place des dieux" des gaulois Médiomatriques
Illustration choisie par Monsieurdefrance.com : fac-similé de la Table de Peutinger par Conradi Millieri 1888.
La ville est d'une antiquité prodigieuse. Bien avant l'arrivée des Romains, elle est la capitale des Médiomatriques, un peuple gaulois puissant qui s'opposa à Jules César. À cette époque, elle s'appelle Divodorum ("Place des Dieux" ou "Place du Marché" en celte). Elle est si importante qu'elle figure sur la Table de Peutinger, la plus ancienne carte routière d'Europe. Autant dire que les racines de Metz sont puissantes. La cité est conquise par les romains qui en font une cité telle qu'ils les apprécient : rue droites, forum, amphithéâtre (le nom est resté au quartier) mais aussi thermes (on en voit les restes au musée de la Cour d'Or) et donc aqueduc pour acheminer l'eau (une partie de l'aqueduc gallo-romain existe toujours à Jouy aux Arches non loin de Metz). Elle est évangélisée au Ve siècle par Saint Clément. C'est le premier d'une longue lignée d'évêques très puissants qui en font une sorte de cité-état jusqu'à la fin du moyen âge.
Ce qu'il faut savoir :
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Le trésor antique : L'église Saint-Pierre-aux-Nonnains, bâtie sur une palestre gallo-romaine du IVe siècle, est très probablement la plus vieille église de France.
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La légende du Graoully : Saint Clément y aurait terrassé le Graoully, un dragon terrifiant vivant dans les ruines de l'amphithéâtre, symbolisant la victoire du christianisme.
2. La légende du Graoully : le dragon de Metz
Saint Clément dompte le Graoully / Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=17574925
À Metz, on raconte qu’un dragon terrifiait la ville : le Graoully. Caché près des ruines romaines, il aurait semé la peur en s’attaquant aux habitants, au point de rendre certains quartiers inhabitables. La tradition messine dit que Saint Clément, premier évêque de Metz, l’a affronté au IVe siècle non par la force, mais par la foi. Entendant parler de ce dragon qui dévorait les jeunes habitants de la cité et dont l'antre était située dans l'Amphithéâtre, Saint Clément serait allé défier le dragon, l'aurait dompté en lui passant son étole d'évêque autour du cou, et l'aurait précipité dans la Seille. La légende dit aussi que la rue "Taisons" rappelle cet épisode et que son nom "taison" veut dire "taisons nous" pour ne pas réveiller le Graoully qui sommeille sous la ville depuis que Saint Clément l'a vaincu.
3. Metz, l'éclatante capitale de l'Austrasie
Attila ravage Metz en l'an 451 / Illustration choisie par Monsieur de France : Par Eugène Delacroix — Web Gallery of Art: Image Info about artwork, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5965258
Après les grandes invasions et le sac de la ville par Attila en 451, Metz renaît de ses cendres pour devenir le cœur battant de l'Europe mérovingienne. Elle devient la capitale de l'Austrasie, ce vaste royaume s'étendant de Reims jusqu'au Rhin. Sous le règne de rois comme Théodebert ou de la reine Brunehaut, Metz accueille une cour brillante, foyer de la dynastie carolingienne. L’Austrasie, c’est un “Game of Thrones” sans dragons : une cour brillante, mais féroce. Palais, trésors, évêques et rois se croisent dans une capitale qui rayonne… pendant que les rivalités familiales, les trahisons et les coups de force font tomber les puissants aussi vite qu’ils montent. On y joue des alliances comme on joue des vies, et derrière les fastes, le sang n’est jamais loin : c’est une politique de clans, où l’on gouverne autant par l’épée que par l’intrigue. On peut mourir de bien des façons et parfois de la plus spectaculaire. Brunehaut (Brunehilde), reine et figure centrale des guerres mérovingiennes, finit exécutée en 613 après la défaite : humiliée, torturée selon les récits, puis mise à mort de manière atroce, traînée par un cheval (la tradition raconte qu’elle y est démembrée). C’est ça, l’Austrasie : une cour brillante, mais sanglante — où la politique ne se paye pas en amendes, mais en vies.
Execution de la reine Brunehaut / Illustration choisie par Monsieur de France : Par Alphonse de Neuville — François Guizot (1787-1874), The History of France from the Earliest Times to the Year 1789, London : S. Low, Marston, Searle & Rivington, 1883, p. 123, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=2522047
C'est ici que l'influence des ancêtres de Charlemagne s'affirme. Metz est une des villes majeures de la dynastie des Peppinides, dont sont issus Pépin le Bref et son fils Charlemagne qui séjourne fréquemment dans les environs. Cette période de faste est aujourd'hui magnifiquement racontée au Musée de la Cour d'Or, où les collections archéologiques témoignent de la richesse de cette cité qui était alors l'une des plus puissantes du monde franc.
Ce qu'il faut savoir :
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Le berceau des Carolingiens : Metz était la résidence favorite des rois francs et le foyer de la lignée de Charlemagne.
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Rayonnement européen : Au début du Moyen Âge, la ville abritait une cour brillante dont les vestiges sont aujourd'hui au Musée de la Cour d'Or.
4. La République des Paraiges : Le "Wall Street" médiéval
Illustration choisie par Monsieurdefrance.com : la fondation de la République de Metz par les bourgeois. Tableau de Jules Migette, 1862. / Wikicommons
Ville commerçante et bourgeoise, elle devient très importante au Moyen-âge. On y fait des affaires comme en témoigne la Place Saint Louis et les immeubles à arcades qui abritaient les changeurs de monnaie lombards. De grandes dynasties de commerçants prennent la ville en main et elle s'administre en grande partie, battant monnaie par exemple. Le centre ancien est truffé des hôtels particuliers de ces familles nommées "les paraiges", souvent fortifiés, ce qui montre bien que la politique n'a jamais été de tout repos et l'ambition de ces familles de rappeler leur puissance et donc celle de la ville. C'est aussi au moyen-âge que la puissance des évêques de Metz s'affirme et que leur symbole, la magnifique cathédrale de Metz, est bâti en haut de la ville. Une cathédrale originale qui est toujours le trésor chéri de Metz.
Dans la cathédrale de Metz, les vitraux sont spectaculaires ne les râtez pas. Photo choisie par monsieurdefrance.com : Shutterstock.
Ce qu'il faut savoir :
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La puissance financière : Sur la Place Saint-Louis, on peut encore admirer les immeubles à arcades qui abritaient les changeurs de monnaie lombards.
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Une ville fortifiée : Le centre ancien est truffé d'hôtels particuliers appartenant à ces familles, souvent dotés de tours de défense, prouvant que la politique médiévale n'y était jamais de tout repos.
La Cathédrale de Metz est faite en pierres de Jaumont. Photo choisie par monsieurdefrance.com : Lev Levin / Shutterstock.
5. "La Clé du Royaume" : De Henri II à Vauban
Illustration choisie par monsieurdefrance.com : Henri II peint par François CLOUET en 1559 (7 ans après la chevauchée d'Austrasie).
La ville est plus ou moins annexée par le roi Henri II de France, au terme de la "Chevauchée d'Austrasie" en 1552. Il en fait une sorte de protectorat que 'lempereur Charles Quint tente de reprendre mais qui est vaincu.

L'entrée du roi de France Henri II à Metz / Par Auguste Migette — copy of painting from the museums of Metz, FAL, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=10571479
La ville devient définitivement Française en 1648. Elle est fortifiée par le Maréchal de Vauban qui la surnomme "la clé du royaume". On en voit encore les traces avec entre autre l'Arsenal (devenu une superbe salle de concert) ou la citadelle (un hôtel réputé).
La place de la comédie à Metz est typique du XVIIIE siècle. Photo choisie par monsieurdefrance.com Shutterstock.com
Capitale des trois évêchés (Metz, Toul et Verdun), la ville est embellie par le Maréchal de Belle-Isle qui fait réaliser la place d'Armes, près de la Cathédrale et un magnifique hôtel de ville. Il fait aussi créer la place de la Comédie, mon endroit préféré à Metz, un délicieux ensemble XVIIIE le long de la rivière et qui tient son nom de la comédie, le théâtre municipal de Metz, le plus ancien théâtre en activité de France.
Illustration choisie par monsieurdefrance.fr : Charles Louis Fouquet, Maréchal de Belle-Isle, en 1748 par Quentin de la Tour.
Ce qu'il faut savoir :
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L'empreinte de Vauban : La Citadelle et l'Arsenal marquent encore le paysage urbain de cette place forte réputée imprenable.
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Le siècle des Lumières : Le Maréchal de Belle-Isle crée la Place de la Comédie, où se trouve le plus ancien théâtre de France encore en activité.
C'est le moment de découvrir les 7 merveilles de Metz que j'ai réunies pour vous.
5. Le choc des annexions et le Quartier Impérial
Le siège de Metz, l'adieu des soldats à leurs officiers, peint par Théodore Devilly en 1874. Plusieurs dizaines de milliers de soldats Français ont été fait prisonniers par les prussiens ce jour là. Par Oktobersonne — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=68322354
Après la défaite de 1871 (et notamment le funeste siège de Metz qui est perdu par le Maréchal Bazaine), la ville est annexée par le tout nouvel Empire Allemand, né dans la Galerie des glaces à Versailles, malgré les protestations des députés de Moselle et d'Alsace à l'Assemblée National lors de la présentation du traité de Francfort qui stipule que les habitants de Metz deviennent allemand. Le XIXe siècle est l'époque de construction du quartier impérial qui aligne les immeubles de style roman, gothique ou renaissance qui étaient dans le goût de l'époque. Les maisons sont assez extraordinaires et méritent le détour. L'empereur Guillaume II en fait l'une de ses villes préférées et n'hésite pas à l'embellir en faisant rénover la cathédrale et en faisant construire l'énorme gare de Metz, aux doubles quais, ce qui comptera beaucoup pendant la Première Guerre Mondiale, puisque Metz, forteresse imprenable, est aussi un lieu d'arrivée et de départ facile pour les troupes allemandes, alors qu'en France les gares des environs qui n'ont qu'un seul quai ralentissent les arrivées de militaires. La ville fait son retour à la France après la guerre, en 1918. Elle est de nouveau annexée en 1940 et revient à la France en 1945.
La gare de Metz est la plus belle gare de France. Photo choisie par Monsieurdefrance.com : Shutterstock.com
Ce qu'il faut savoir :
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La plus belle Gare de France : Un palais néo-roman aux doubles quais, conçu pour déplacer les troupes allemandes massivement.
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Le Quartier Impérial : Un ensemble architectural unique au monde (style roman, gothique, renaissance) construit pour faire de la ville une vitrine de l'empire allemand et afficher son importance.
6. Metz la visionnaire : Le berceau de l'Europe
Robert Schuman, l'un des pères de l'Europe / Photo choisie par Monsieur de France Par Bundesarchiv, Bild 183-19000-2453 / CC-BY-SA 3.0, CC BY-SA 3.0 de, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5422342
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Metz devient un symbole de réconciliation. Riche de son passé ballotté entre deux nations, elle se tourne vers l'avenir. C'est ici, à Scy-Chazelles (aux portes de Metz), que Robert Schuman, député de la Moselle, mûrit l'idée d'une Europe unie. Metz est restée une ville très commerçante. Son riche passé en a fait une très belle ville, qu'il faut découvrir à pied pour profiter des nombreuses façades originales, des bâtiments publics. On peut y dénicher de chouettes tables. le XXIe siècle lui a apporté un nouveau symbole : le Centre Pompidou Metz avec son étonnante allure de chapeau chinois.
Le centre Pompidou Metz à la nuit tombée. Photo choisie par Monsieurdefrance.com : Shutterstock.com
Ce qu'il faut savoir :
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Robert Schuman : L'un des pères fondateurs de l'Europe a fait de Metz le pivot de la paix franco-allemande.
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Une ville carrefour : Située entre Luxembourg, Allemagne et Belgique, Metz est aujourd'hui une métropole européenne majeure, dynamique et commerçante.
FAQ : Tout ce qu'il faut savoir sur Metz
Est ce que le Z de Metz se prononce ?
Non surtout pas ! En Français on dit "Mess"
D'où vient le nom de Metz ?
Il provient de la tribu gauloise des Médiomatriques. La ville s'appelait Divodorum (la place des dieux), puis elle est devenue "Divodorum Mettensis" du nom abrégé des habitants, puis Mettis puis enfin Metz au fil des siècles.
Pourquoi dit-on que Metz est une ville européenne ?
Au-delà de son histoire partagée, Metz est la ville de Robert Schuman, l'un des pères fondateurs de l'Europe. Elle est située à proximité immédiate du Luxembourg et de l'Allemagne.
Pourquoi la pierre de Metz est-elle jaune ?
C'est la pierre de Jaumont, un calcaire local chargé d'oxyde de fer qui lui donne cette couleur dorée ou "miel" si particulière, visible sur la Cathédrale Saint-Étienne.
Jérôme Prod'homme Spécialiste du patrimoine, de la gastronomie et du tourisme français. Retrouvez toutes mes découvertes sur monsieur-de-france.com.














