Pourquoi le château de Lunéville est surnommé le Versailles Lorrain
Le château de Lunéville prend des couleurs incroyables le soir / Photo choisie par Monsieur de France: Leonid_Andronov
C'est le "Versailles Lorrain" pour deux raisons : il est énorme et il a été construit à quelques kilomètres de la capitale officielle du souverain. Mais la comparaison s'arrête là. D'abord le château et ses symboles ne tournent pas autour d'un homme, comme c'est le cas pour Louis XIV à Versailles. Ici, la chambre du souverain est loin d'être le centre de la demeure puisqu'elle était située dans "les appartements ducaux", le lieu de vie du duc. Et puis, le château est à l'image des lorrains : modeste. Ne cherchez pas ici des kilos de dorures. D'abord le duc de Lorraine n'était aussi fortuné que le roi de France, évidemment, mais il était aussi ennemi du clinquant. Les rares dorures servent à souligner l'un des symboles des ducs : la croix de Lorraine, qu'on trouve sur les balcons.
Lunéville est immense mais modeste. N'y cherchez pas les dorures de Versailles. La feuille d'or n'est pas pour le souverain, mais pour la Lorraine qu'on retrouve à travers les croix de Lorraine dorées qu'on voit sur les balcons. Photo choisie par Monsieurdefrance.com / Jérôme Prod'homme
Les origines : d'un lieu de culte gaulois à la demeure des Ducs
Lunéville a des origines très anciennes. Au point que dans certains grimoires on affirme que le lieu était un lieu de culte à la déesse de la Lune au temps des Gaulois. L'endroit a été fortifié assez tôt, par les comtes de Lunéville, il est devenu lorrain par le duc de Lorraine mathieu II en 1243. Entre 1620 et 1630, le vieux château médiéval est détruit et remplacé par un château neuf par la volonté du duc Henri II de Lorraine et de Bar (1563-1624). Très abîmé par la guerre de 30 ans et déserté par les ducs obligés de fuir leurs états occupés par la France de Richelieu et de Mazarin, le château de Henri II est détruit à son tour. A sa place, le duc Léopold 1er de Lorraine et de Bar décide de construire sa résidence.
Léopold Ier et Germain Boffrand : le génie architectural du grès rose
Le duc Léopold 1er "le bon" de Lorraine et de Bar vers l'âge de 25 ans par Nicolas Dupuy. Il est représenté avec les attributs de la souveraineté de son duché son manteau est doublé d'hermine (pour la souverainté), parcouru d'alérions (symboles de la Lorraine), la couronne ducale posée près de lui est dite "fermée" ce qui rappelle qu'il n'y a personne au-dessus de lui.
Un duc de 20 ans qui veut voir grand :
Léopold 1er de Lorraine et de Bar est né à Innsbruck en Autriche puisque les ducs de Lorraine ont été chassés par les Français de Louis XIII et Louis XIV au XVIIe siècle. Les revers de fortune de Louis XIV ont fini par l'obliger à accepter l'indépendance du duché de Lorraine et le retour de son titulaire héréditaire ce jeune duc de 19 ans. Avec le traité de Ryswick, en 1697, Léopold reprend posséssion de ses duchés. Il épouse la nièce de Louis XIV, fille de son frère "Monsieur", Elisabeth-Charlotte d'Orléans. Le couple ducal fait son entrée dans un duché en liesse et s'installe à Nancy, la capitale. Après 60 ans de conflits, une épidémie de peste terrible et un XVIIe siècle qui l'a littéralement vidé de ses habitants, la Lorraine voit enfin arriver le bout du tunnel. On reconstruit et, grâce à Léopold, les duchés de Lorraine et de Bar commencent une période qui sera l'une des plus glorieuses de leur histoire : le XVIIe siècle.
La duchesse Elisabeth Charlotte d'Orléans. / Source Wikicommons
Et pourquoi pas Lunéville ?
Léopold aime bien Lunéville. Il y va parfois et il entreprend même de rénover le château Renaissance de son prédécésseur Henri II. Ce qui va le décider à s'installer à Lunéville c'est le retour des soldats français en Lorraine en 1702 lors de la Guerre de succession d'Espagne. Nancy, la capitale, devient l'endroit de stationnement des troupes françaises en route pour la guerre. Et Léopold refuse de vivre dans un lieu occupé par une puissance étrangère. Il choisi de s'installer à Lunéville et d'y bâtir sa demeure, celle d'un prince souverain.
Le génie de l'architecte Germain Boffrand
Portrait présumé de Germain Boffrand, architecte du château de Lunéville par Jean II Restout
Le duc fait appel à Germain Boffrand (1667-1754). D'origine nantaise, l'homme est déjà réputé pour sa collaboration avec Jules Hardouin-Mansart (à qui on doit le grand Trianon et la Place Vendôme) avec qui il a dessiné la Place Vendôme. On comptera jusqu'à 6 projets différents (comme quoi, si vous faites construire, vous n'êtes pas les seuls à changer d'avis souvent !). L'idée de départ est un plan en H avec deux grandes ailes. Les finances du ducs auront raison de la deuxième aile. Des finances qui ne permettent pas non plus de réaliser, comme à Versailles, une chapelle avec des colonnes en marbre. C'est Germain Boffrand qui aura une idée géniale : des colonnes en grès rose, badigeonnées et un plafond en plâtre sculpté à la fois simple et gracieux. Les jardins sont déssinés par Yves des Hours et achevés en 1710.
Vue aérienne du château de Lunéville et du parc des Bosquets. On voit bien la forme de H inachevé. En préambule du châeau, deux batiments allongés : les communs, plus haut le château, et ensuite le parc des Bosquets. Image choisie par Monsieurdefrance.com : vue aérienne par google earth
Le château est précédé de deux grands batiments (les communs) pour les cuisines, les chevaux, des serviteurs. L'aile droite du château, un carré autour d'un petit jardin intérieur, constitue "les appartements ducaux" dans lesquels le duc et la duchesse vient à la fois leur travail de représentation et leur vie de famille. Une vie simple, d'ailleurs, en dehors des moments officiels. On a de nombreuses déscriptions qui nous parlent des appartements comme un lieu très vivant et très joyeux. Dans les cheminées de leur chambre, les nombreux enfants ducaux (le couple aura 14 enfants) s'amusent, étudient et élèvent des oiseaux. La duchesse ne dédaigne pas se faire un peu de cuisine dans sa chambre, notamment sa spécialité : la carpe à la poele. Dans le château on croise la duchesse Elisabeth-Charlotte, fille de la Palatine et de Monsieur, frère du Roi Louis XIV, le duc Léopold et sa maîtresse Anne Marguerite de Ligniville, épouse du meilleur ami du duc : Marc de Beauvau-Craon, que le duc couvre de bienfaits pour le remercier de n'être pas trop regardant sur les amours de son épouse... Comme une sorte de tradition familiale, la fille des Beauvau-Craon sera à son tour maîtresse du souverain du château, mais pas Léopold. On en reparlera ici... Dès le début de son histoire, le château est touché par un incendie si violent qu'on évacue les enfants dans la cour où tout le monde attend en chemise de nuit.
Le château de Lunéville au siècle des Lumières. Source Wikicommons
En 1729, la mort de Léopold, bâtisseur du château, interrompt les travaux. Son fils, François III de Lorraine et de Bar (1708-1765), vit à Vienne. Pour pouvoir épouser Marie-Thérèse d'Autriche (1717-1780) qui deviendra impératrice d'Autriche et pour devenir Empereur du Saint Empire Romain Germanique sous le nom de François 1er, le jeune duc accepte de faire un échange avec la France, qui lui refuse ce mariage parce qu'elle considère que si la Lorraine devenait Autrichienne, ce serait un pistolet autrichien braqué en permanence sur elle. Cet échange diplomatique est le suivant : la France accepte le mariage de l'héritier des ducs de Lorraine avec l'héritière de l'Empire d'Autriche. Il devient Grand-Duc de Toscane, à la place du dernier des Medicis qui vient de mourir. En échange, en 1737, François accepte de donner les duchés de Lorraine et de Bar à titre viager à Stanislas Leszczynski (1677-1766), ex-roi de Pologne, beau-père du roi de France Louis XV. Il est convenu qu'à la mort de Stanislas, la Lorraine sera unie à la France. Ce sera effectivement à la mort de Stanislas, en 1766, après un règne de près de 30 ans...
Mariage de Beauvau en 1721 au Château de Lunéville par Claude Jacquard (Musée Lorrain à Nancy).
Le règne de Stanislas Leszczynski : Lunéville au Siècle des Lumières
Stanislas Leszczynski (1677-1766) roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar à titre viager. Portrait choisi par Monsieurdefrance.com : Jean Baptiste Van Loo (château de Versailles).
Stanislas a été deux fois rois de Pologne, et deux fois chassé du trône par les russes et les saxons. Il a marié sa fille unique, Marie, à Louis XV et c'est à lui qu'on confie la Lorraine à titre viager. Il n'a d'ailleurs aucuns pouvoir. Le pouvoir, et la mise au pas des Lorrains, sont confiés à un chancelier : Antoire Martin Chaumont de la Galaizière (1687-1783). Stanislas ne règne donc pas, mais on le dote d'une liste civile très confortable. C'est un homme lettré, curieux d'esprit, de près de 60 ans qui arrive en trombe à Nancy en 1737. Il a hâte de découvrir son nouveau duché. La chute est rude en arrivant puisque son prédécesseur ne lui a laissé absolument aucun meubles. Il a même fait démonter les frises du toit du Palais Ducal à Nancy. Stanislas est obligé de dormir dans l'hôtel particulier de la famille de Beauvau (la Cour d'Appel de Nancy aujourd'hui) quelque temps, le temps qu'on aménage le Château de Lunéville pour lui. Il s'y installe avec sa femme, Catherine Opalinska, qui ne sort jamais parce qu'on lui a dit que le climat lorrain était très mauvais pour la santé. Les Lorrains ne lui sont pas du tout favorables, le considérant comme un usurpateur. A Commercy qu'on a érigé comme principauté pour elle, la duchesse douairière Elisabeth Charlotte, femme de Léopold et nièce le Louis XIV, s'installe dans le château meusien et ne se prive pas de faire savoir qu'elle est absolument contre l'arrangement de son fils. De bon caractère - il sera surnommé "le bienveillant" - Stanislas fait avec. Il va vite conquérir les coeurs et surtout faire de Lunéville le coeur d'une cour dynamique, ouverte et chaleureuse ; la Cour de Lunéville
Et voit choses en grand lui aussi
S'il n'a pas de pouvoir réel, Stanislas touche tout de même une liste civile (une sorte de salaire annuel) très confortable, qui lui permettra pendant son règne de faire bâtir des châteaux (celui de Einville au Jard, par exemple, était magnifique) l'église Notre Dame de Bonsecours à Nancy, et, surtout, la fabuleuse Place Stanislas. Lunéville est sa résidence, il va donc y faire aménager de nombreuses choses, lui qui a l'âme bâtisseuse. Il fait ériger des "folies" dans le parc du château. Le trèfle, par exemple, un pavillon qui lui sert à se reposer, à fumer la "chibouque" une longue pipe qu'il a découvert quand il était prisonnier chez les turcs. Dans le château, il apprécie la "table volante" créée par la duchesse Elisabeth Charlotte, et qui permet de faire monter une table dressée d'avance depuis les cuisines jusqu'à la salle à manger et de se servir sans attendre et sans valets (on verra que Stanislas était très très gourmand). A côté du parc, au dessus de la rivière, il fait aménager "le rocher", une série de personnages en fer blanc, animés par l'eau, et qui reproduisent une vie champêtre idéale. Les personnages bougent, font parfois de la musique, ca épate les visiteurs et Stanislas adore.
Les automates de la Cour du rocher au château de Lunéville. Gravure d'époque.
L'âge d'or de Stanislas : quand Lunéville éclairait l'Europe
Marie Catherine de Beauvau-Craon, marquise de Boufflers, Maîtresse royale de Stanislas (1706 1786)
Curieux d'esprit, bienveillant, Stanislas s'entoure bien vite d'une cour qui n'a rien à envier à Versailles et qui est même beaucoup moins coincée. On y croise la Marquise de Boufflers (1706-1786), maîtresse officielle du roi (ce qui ne l'empêche pas d'aller voir un peu ailleurs). Une femme, surnommée "la dame de volupté" et qui a écrit elle même son épitaphe : "Ci gît, dans une paix profonde, cette dame de volupté, qui, pour plus de sûreté, fit son paradis en ce monde". Elle côtoie, un temps, la reine Catherine, épouse du roi, ce qui ne manque pas de sel dans un château qui est grand mais n'empêche pas de se croiser. On y croise "Panpan", François Antoine Devaux (1712-1796), un lorrain qui écrit des poèmes et qui la coqueluche des dames de Lunéville. On y voit aussi un garçon étonnant : Nicolas Ferry, surnommé par le roi "Bébé". A la cour on donne des fêtes pour l'aristocratie Lorraine qui possède toujours des hôtels particuliers dans la cité de résidence du souverain. Et on reçoit des personnalités célèbres.
Voltaire et Émilie du Châtelet : l'amour et la science à Lunéville
Voltaire (1694-1778) Wikicommones
Passionné de savoir, écrivain lui-même à ses heures (il a laissé pas mal d'écrits au sein d'une "oeuvre du philosophe bienveillant", Stanislas aime qu'on le surnomme "le roi philosophe". Catholique pratiquant, il est ouvert à son époque et aux grands esprits du XVIIIe avec qui il correspond et qu'il reçoit régulièrement. C'est notamment le cas de Voltaire (1694-1778), qui apprécie Lunéville au point d'écrire "on ne croyait presque pas avoir changé de lieu quand on passait de Versailles à Lunéville". Il y séjourne accompagné de la femme de sa vie, la marquise Emilie du Chatelet (1706-1749).
Emilie du Chatelet : femme savante et mathématicienne renommée
Femme d'un immense savoir, c'est la première mathématicienne de l'histoire de France. elle a traduit Newton en Français en y ajoutant des remarques qui en font, aujourd'hui encore, une référence. Femme libre d'esprit, elle l'assume à une époque où ça n'est pas du tout le cas pour tout le monde. C'est à Lunéville qu'elle finit tragiquement sa vie en 1749.
Emilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Chatelet (1706-1749). source : Wikipédia
Amoureuse du marquis de Saint Lambert (qui lui, est amoureux de la Marquise de Boufflers, maîtresse de Stanislas...), elle tombe enceinte. Elle fait croire à son mari qu'il est le père en l'invitant dans leur château de Cirey (à 1H30 de Lunéville aujourd'hui) et en couchant avec lui après l'avoir fait bien boire (et pour la première fois depuis des années), et revient à Lunéville où il est prévu qu'elle accouche. L'accouchement se passe à merveille et une petite fille naît. C'est quelques jours plus tard qu'elle meurt en s'étant trouvée male subtitement. La légende dit que c'est après avoir bu un verre de sirop d'orgeat trop frais, plus certainement d'une infection suite à l'accouchement. Elle repose toujours sous une grande dalle noire, sans rien de gravé dessus, à l'entrée de l'église Saint Jacques de Lunéville. Ce décès cause un immense desespoir à Voltaire qui quitte Lunéville et qui finira par s'installer à Ferney, devenue Ferney-Voltaire, pas trop loin de la Suisse pour pouvoir s'y réfugier s'il venait au roi de France de vouloir le faire enfermer en raison de ses écrits...
Le saviez-vous ? Ici a vécu le premier "bébé" de l'histoire de la langue française
le "nain bébé" à l'âge de 11 ans en costume de Hussard (peut être par l'atelier Trubenbach). Source Wikicommons
C'est un homme miniature. A sa naissance, Nicolas Ferry est si petit, qu'on le fait dormir dans un sabot. Ces parents présentent cet enfant étrange au roi Stanislas qui propose de l'adopter et de s'en occuper. Il lui fait faire une petite maison dans le château, un char tiré par des chèvres. Il le fait se dissimuler dans un gâteau, d'où il surgit armé et casqué alors que tout le monde est à table, ce qui cause grand émoi. Sa petite taille joue souvent des tours à Bébé, qui se perd dans les jardins et la Cour n'est pas rassurée. On a peur d'écraser Bébé, notamment parce que le roi le fait souvent se cacher sous des coussins pour arroser le derrière des dames. Mort jeune (25 ans), d'une peine de coeur, puisqu'il est tombé malade peu de temps après qu'une jeune femme miniature a refusé son amour, "Bébé" est entré dans la petite histoire pour deux raisons. Il est le nain jaune d'un jeu de société (pas très sympa d'ailleurs le nain jaune, à l'image du mauvais caractère de Nicolas) et surtout parce que ce surnom de "bébé" que lui a donné le Roi Stanislas est devenu un nom commun pour désigner un petit enfant, nom qui s'est transformé en "baby" chez les anglo-saxons.
le "nain bébé" par les ateliers de Jean Girardet (1750) le chien permet une comparaison. Source Wikicommons
Objet d'une grande curiosité à son époque (il a failli être écrasé par la foule parisienne qui voulait le voir et n'a du son salut qu'au fait de réussir à se percher dans la botte qui servait d'enseigne à un cordonnier), Nicolas Ferry, dit "bébé" a été étudié par le naturaliste Buffon qui a conservé son squelette qui est toujours au musée de l'homme à Paris.
La fin tragique de Stanislas et l'union de la Lorraine à la France

Stanisław Leszczyński. Par Girardet. source Wikicommons
En février 1766, Stanislas est très agé. Il a plus de 88 ans et il est très diminué. Il n'y voit plus (et il s'entête à pêcher, alors comme le voit n'y voit rien, ses serviteurs plongent dans la rivière pour accrocher eux même des poissons puisque le roi ne les voit pas, et il croira jusqu'à sa mort être un excellent pêcheur !). Ce jour d'hiver, il est assis près de sa cheminée, vétu de la belle robe de chambre que sa fille, Marie, Reine de France, lui a fait envoyer de Versailles. Alors qu'il se penche vers la cheminée pour saisir une braise et ranimer sa pipe, il ne voit pas que sa robe de chambre est trop près du foyer. Elle prend feu. Se levant et essayant d'éteindre ce feu qui embrase sa robe de chambre, le roi se lève et fini par tomber... Dans la cheminée. Il ne sera retrouvé que très longtemps plus tard, personne ne l'ayant entendu, et son fidèle serviteur étant absent pour la seule fois depuis des années (il ne s'en remettra jamais). Au bout d'une semaine de souffrance, Stanislas meurt, non sans un dernier trait d'humour puisque regardant sa maîtresse et ses brûlures, il a dit "madame ! Fallait il que je brûle d'un pareil feu pour vous ?". Il repose en l'Eglise Notre Dame de Bonsecours, à Nancy, qu'il faite reconstruire pour cela d'ailleurs, auprès de sa femme Catherine Opalinska. A sa mort, les duchés de Lorraine et de Bar font union à la couronne de France. Tout ce que Stanislas a fait est détruit par ordre de Louis XV, les petites constructions mais aussi des châteaux. Le château de Lunéville devient une sorte d'immense caserne. Le grand rideau de l'Histoire s'abat sur la Cour de Lunéville.
Le château de Lunéville au temps du régiment de cavalerie en 1839 / gravure gallica.fr site BNF
De la caserne militaire à la renaissance après l'incendie de 2003
Cela n'a pas ruiné la ville qui a su rebondir et vivre un XIXe siècle et une première moitié du XXe siècle avec de grandes richesses puisque Lunéville était à la fois une sous-préfécture, un lieu de production manufacturière (la faience à Lunéville Saint Clément, la broderie perlée...) et industrielle puisque c'est là qu'on a fabriqué les premières automobiles françaises, les Lorraine Dietrich.
À la mort de Stanislas en 1766, le vent de l'histoire tourne brutalement pour Lunéville. Privé de son rang de résidence royale, le château perd de sa superbe. Louis XV, n'ayant que faire de cette cour lointaine, ordonne la destruction de plusieurs châteaux lorrains et transforme le "Versailles Lorrain" en une immense caserne militaire. Durant plus de deux siècles, les sabots des chevaux des régiments de cavalerie résonnent là où les philosophes des Lumières discutaient autrefois. Le château devient un outil de défense, abritant des milliers de soldats, avant de passer progressivement sous la gestion du département et du ministère de la Défense.
La tragédie du 2 janvier 2003
Alors que le château entamait une lente mue vers une vocation culturelle, le destin frappe à nouveau. Le 2 janvier 2003, un court-circuit dans les combles provoque un incendie d'une violence inouïe. Attisé par un vent de tempête, le feu dévore les toitures, la charpente historique et s'engouffre dans la chapelle ducale. Les habitants de Lunéville, en larmes, assistent impuissants à la destruction de leur joyau. Le bilan est lourd : une grande partie de l'aile sud est anéantie et des décors irremplaçables sont réduits en cendres.
Vue sur le château de Lunéville depuis la Cour d'honneur. Au sommet : le drapeau de Lorraine, emblème des ducs de Lorraine avec les trois alérions d'argent / Photo choisie par Monsieurdefrance.com : Traveller70/shutterstock.com
Le plus grand chantier de reconstruction d'Europe
Mais comme souvent dans son histoire, Lunéville refuse de mourir. Sous l'impulsion d'un élan de solidarité national, le "Versailles Lorrain" devient le théâtre d'un chantier titanesque, le plus important d'Europe pour un monument historique. Tailleurs de pierre, charpentiers et restaurateurs d'art se relaient pour redonner vie au bâtiment.
Aujourd'hui, la renaissance est spectaculaire. Les façades en grès rose ont retrouvé leur éclat, les toitures sont achevées et la chapelle a été restaurée avec une précision chirurgicale. Plus qu'une simple restauration, c'est une véritable résurrection qui permet au château de redevenir le cœur battant de la Lorraine, mêlant désormais patrimoine historique et création contemporaine.
Stanislas le roi gourmand
Stanislas était très très gourmand. Des contemporains racontent qu'il mangeait très vite, comme un glouton, ce qui ne faisait pas les affaires de ses visiteurs qui devaient manger aussi vite que lui puisqu'on ne pouvait pas continuer à manger après le roi, la table était débarrassée par les valets. Il aimait particulièrement le melon, il est d'ailleurs à l'origine du "melon de Lunéville", un melon assez énorme, proche de la pastèque, qui a été longtemps cultivé à grande échelle à Lunéville et dont il se donnait fréquemment des indigestions. Il appréciait beaucoup le bouillon de viande, qu'il prenait au petit déjeuner. Et on doit au moins deux belles spécialités française à Stanislas : la madeleine et le baba au rhum.
La madeleine
On doit à la servante Madeleine, l'invention de ce délicieux biscuit qu'elle a réalisé en improvisant un soir que Stanislas n'avait pas annoncé sa venue au château de Commercy (le jumeau de Lunéville).
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Le baba-au-rhum
C'est à Stanislas qu'on doit l'idée du baba. Très agé (il est mort à près de 90 ans), et n'ayant plus de dents, il avait pris l'habitude d'humecter sa brioche avec du vin pour l'amollir.
Je vous raconte l'histoire et on vous donne la recette ci dessous
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En conclusion
Le château de Lunéville n'est pas qu'un monument de pierre ; c'est un témoin vibrant de l'esprit lorrain, capable de renaître de ses cendres comme il l'a prouvé après la tragédie de 2003. En parcourant ses jardins ou en admirant la finesse de sa chapelle, on marche dans les pas de souverains visionnaires et de génies des Lumières qui ont façonné l'identité culturelle de la France.
Aujourd'hui, cet héritage se prolonge bien au-delà des remparts. Que ce soit à travers les fastes de la Place Stanislas toute proche ou dans la douceur d'une madeleine tout juste sortie du four, l'âme de Lunéville continue de briller. Pour prolonger ce voyage dans le temps et la gourmandise, je vous invite à explorer les autres trésors de notre région.
Jérôme Prod'homme Spécialiste du patrimoine, de la gastronomie et du tourisme français. Retrouvez toutes mes découvertes sur monsieur-de-france.com.
Pour aller plus loin :
-
Patrimoine : Visitez Nancy, la capitale des Ducs de Lorraine.
-
Gastronomie : Découvrez la véritable histoire de la Madeleine de Stanislas.
-
Guide Pratique : Préparez votre visite de Lunéville : nos meilleures adresses.
Foire aux questions sur l'histoire du Château de Lunéville
Qui est l'architecte du château de Lunéville ?
Le château actuel est l'œuvre de Germain Boffrand (1667-1754). Cet architecte de génie, élève de Jules Hardouin-Mansart, a su adapter les codes du classicisme français aux moyens plus modestes des ducs de Lorraine, en utilisant notamment le superbe grès rose des Vosges.
Pourquoi le roi Stanislas s'est-il installé à Lunéville ?
L'ex-roi de Pologne, devenu duc de Lorraine à titre viager, a choisi Lunéville comme résidence principale car son prédécesseur, Léopold Ier, y avait déjà bâti un palais moderne. Stanislas y a instauré une cour brillante et cosmopolite, faisant de la ville une véritable capitale des Lumières.
Quelle est la cause de l'incendie de 2003 au château ?
Le terrible incendie du 2 janvier 2003 a été provoqué par un court-circuit électrique dans les combles de l'aile sud. Le feu, attisé par des vents violents, a détruit la quasi-totalité de la toiture et les décors inestimables de la chapelle ducale.
Pourquoi le château est-il surnommé le "Versailles Lorrain" ?
Ce surnom provient de ses dimensions imposantes, de son architecture classique et de sa fonction : un palais de souverain situé à l'écart de la capitale (Nancy), tout comme Versailles l'est pour Paris. Cependant, Lunéville se distingue par une plus grande simplicité et l'absence des dorures ostentatoires typiques du style de Louis XIV.
Photo d'illustration Léonid Andrinov via depositphotos



















